M comme Merlin

Sept passagers d'un avion de tourisme. Tous rescapés après un crash en plein désert.

Ils ne gardent aucun souvenir du vol, pas même celui d'avoir embarqué dans ce zinc.

Ils se retrouvent sans affaires personnelles, sans un outils de communication.

L'effroi succède à la stupeur quand l'avion menace d'exploser.

Ils croient vivre le pire des cauchemars, alors que la réalité est bien plus terrible encore !


 


 


 

M comme Merlin


 


 


 


 

« N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ? »


 

Charles Baudelaire, La Chevelure,

in Les Fleurs du Mal (1861)


 


 


 

Prologue


 


 


 

Elle a quitté la chaumière à son tour et avance dans sa direction. Il la regarde s’approcher et s’efforce de la ressentir, mais il ne perçoit toujours pas d’ondes télépathiques émanant d’elle ; pourtant, le mal est fait : il doute désormais de son intégrité.

Mu par un sentiment qu’il ne saurait s’expliquer, il se porte lui aussi à sa rencontre et leur marche pesante offre à l’un et l’autre le lamentable spectacle d’une progression ralentie par le poids du chagrin et les chaînes des tergiversations.

Arrivé à vingt pas d’elle, il remarque à quel point elle a le visage défait, les traits tirés, les joues ravagées par les larmes. Mais, comble des paradoxes ! elle n’a jamais été aussi belle, peut-être parce qu’elle n’a jamais été autant elle-même qu’en cet instant. Et il réalise en ce moment précis que c’est foutu, qu’il ne cessera jamais de l’aimer. Il se rembrunit plus encore : quelle consistance peut-on donner à une prise de conscience émanant au cœur d’une simulation ?

Elle s’est arrêtée, il fait de même et, pendant un moment, ils se jaugent de curieuse manière, comme s’ils se rencontraient pour la première fois. Pourtant, en ce qui le concerne, du moins, il ne l’a jamais aussi bien connue qu’en ce moment !

Et les minutes s’égrènent – ou ce qui tient lieu de minutes –, alors que le temps presse, qu’on peut les rappeler d’un moment à l’autre !

- Je ne pourrai pas vivre pour de faux, tu sais, finit-il par avouer.

A-t-elle perçu la terminaison du futur ? Ou celle d’un conditionnel ? Étrange duel de formes verbales, de temps et de modes, où un présent du conditionnel ouvre plus grand l’avenir qu’un futur de l’indicatif !

Elle continue de le regarder, sans mot dire, tout en laissant s’exprimer son abattement, une tristesse infinie transparaissant dans ses yeux. Puis elle relève le menton et ce mouvement léger, cette inclinaison de la face d’à peine quelques centimètres transforme son regard, sa mine, son apparence tout entière et l’amène à parler :

- Qu’est-ce que ça veut dire, « vivre pour de faux » ? Hein ? Est-ce que par hasard tu aurais déjà vécu pour de vrai, toi ?

- Je...

- Comme si elles étaient vraies, reprend-elle, sans se soucier de l’interrompre, ces trente-quatre années que j’ai passées sur une planète agonisante, à me lever chaque matin pour mourir un peu plus, à m’efforcer d’apprendre pour mieux oublier le lendemain, à jouer la policière en sachant pertinemment que jamais je ne gagnerais la partie... ! Et dire que toi, il y a peu, tu m’as attribué le don de collecter toutes les cartes du jeu, de détenir tous les atouts – j’ai bien perçu cette pensée, figure-toi ! Le sens de l’existence, je sais pas trop ce que c’est ! Alors que... Elle s’est approchée d’un pas, à moins que ce ne soit l’inclinaison de son corps qui ait changé. Alors qu’un avenir avec toi, même ici, dans cette dimension virtuelle, ça pourrait avoir l’effet du réel.

Encore cette conjugaison qui s’emmêle dans de drôles d’effets verbaux !

- Mais, comment dire ?...

Il a attendu qu’elle baisse la voix pour intervenir. Peut-être aurait-il dû l’interrompre avant, ou plus tard, ou pas du tout, ne jamais l’écouter, d’ailleurs, oui, peut-être aurait-il dû faire cela : prendre ses jambes virtuelles à son cou numérique et se programmer la plus belle fuite en avant possible !... Or s’il aligne ces réflexions, c’est simplement qu’en prononçant son prénom, il a douté qu’il s’adressait vraiment à elle, il a douté d’elle et d’elle jusqu’à son existence, doutant aussi de ce que peut être cette existence qu’elle lui promet.

- Enfin, reprend-il, tu t’imagines vraiment vivre dans ce désert ?

- Il y a une oasis, pas très loin.


 


 

"Sans accident tu ne passeras pas la vie."

Proverbe russe


 


 


 

1


 


 


 

L’éveil


 


 


 

Elle s'est arrêtée de respirer. Renaître, encore ? Avec l’illusion de recommencer tout et mieux ? Non, ras-le-bol. Mais il y a cette étrange odeur de sable brûlé qui obstrue ses narines. Cette angoisse affreuse qui l'envahit peu à peu. Ce sentiment que la prochaine inspiration remplira à jamais son cerveau, son corps tout entier de cet enfumage, séchera ses muqueuses, aspirera son eau, sa lymphe, jusqu'à la dernière goutte de son sang. Elle tente une dernière aspiration, malgré tout, malgré elle, trop acculée par le désespoir pour jouer de méfiance, et c'est ainsi qu'Enrica Lahanne est la première à reprendre connaissance. Comme les fois précédentes.

Une bande de sable s'étale dans sa direction, arrive à son contact : insipide, d'abord, d'une âcreté prononcée, ensuite, lorsqu'elle s'empare de sa bouche, dépose sur la langue, d’abord, contre le pharynx, ensuite, l'astringence acerbe de poussières salées, dernier surplus d'un désert que son gosier ne parvient pas à ingurgiter. Prise d'une quinte de toux aussi subite qu'éreintante, Marie-Paule Lithic se réveille à son tour.

Dans une chaude caresse, une créature brûlante plaque sa peau dorée par le soleil contre la sienne : elle l'enlace sans se lasser, l'embrasse sans l'embraser, l'enveloppe telle une seconde chair. Et, comme un terreau piqué de mille trous par le laboureur au moment des semailles, son épiderme dilate ses propres pores pour recueillir la semence poussiéreuse. Un picotement s'installe et s'intensifie, jusqu'à devenir insoutenable et arracher Arthur Imboldt à sa somnolence.

Il est là, tout proche, elle sent Sa présence. Ainsi, Il a exaucé ses prières et Il la reçoit en Son sein. Toutefois, Ses anges doivent encore extraire l'âme de son corps, en tirant dessus, avec une lenteur régulière, et chacune de ces poussières d'éternité la rend plus légère, l'absout une bonne fois pour toutes de ce corps de mort, ensablé dans le péché. De fait, Marydo McDallah constate, en se réveillant, que le sable, qui l'avait recouverte jusqu'à la taille au moment de l'accident, n'atteint plus que le haut des mollets et continue à descendre, comme s'il fondait sous l'effet de la chaleur qu'elle ressent à présent..


 

Fasciné par le panorama, il contemple la mer de sable qui s'étend de tous côtés et s'évanouit en lointains où même l'horizon s'efface. La platitude environnante, vainement égayée par le timide mamelon de dunes incertaines, ressemble à un amas de jeunes filles étendues qui laisseraient entrevoir leurs formes naissantes. Mais cette beauté singulière s'efface derrière sa reproduction à l'infini. Comme il ferme les paupières pour se reposer de ces nuances infinies de beige qui confinent au doré sans jamais y parvenir, c'est une vague bleu violet, aux couleurs de la suffocation, qui le submerge violemment Tony Stecks et l’extirpe de sa léthargie.


 

Le roulement étouffé d'un glissement de terrain, d'un éboulement, d'une avalanche, puis le silence de l'enfouissement. Quiétude soudaine, paix du tombeau qui déchire ses tympans et le tire d'un coup de cet engourdissement devenu trop bruyant : ce qu'il a pris pour un éboulis n'est peut-être qu'un tas de grains de sable, mais il occupe tout l'espace, les myriades de particules qui le composent sont en train de le recouvrir de la tête aux pieds et commencent à s'infiltrer dans ses oreilles. Chris Hippeau pousse un hurlement.


 

- Putain de bordel de merde ! lâche pour sa part Béryl, en ouvrant les yeux.

- Vous m’aviez pourtant assuré que nous n’aurions plus à déplorer de tels excès de langage !

- Permettez-moi de rectifier, Monsieur le Ministre. C’est de tous nos efforts pour éviter ce genre de rémanences que je vous avais assuré ! Voilà une des raisons pour lesquelles j’ai plus d’une fois émis des doutes sur le choix de cet humain : bien trop instable, en dépit voire à cause des nombreuses modifications opérées par...

- Comme si nous avions le choix ! releva le responsable de la Fédération.

- Par ailleurs, continua le scientifique, vous n’êtes pas sans savoir que nous ne contrôlons qu’une série de paramètres. Ce serait illogique, du reste, d’exercer une maîtrise complète, puisque le succès même du programme dépend de notre neutralité dans la qualité des interactions de...

- Jugez-vous à ce point nécessaire de m’apprendre ce qui est logique et ce qui ne l’est pas ? l’interrompit l’autre, sans pour autant marquer de colère ni d’impatience, ne cherchant qu’à signifier ainsi à 671007 le terme de cette discussion stérile.

- Libérez-moi ! supplie Chris Hippeau, dans un dernier cri, avant d'être totalement recouvert de sable, de devenir sable lui-même.

Enrica est la première à lui porter secours mais, encore trop affaiblie, elle ne serait jamais parvenue à le dégager sans l'aide de Stecks qui arrive à point nommé : sa tête enfin exhumée du tas de sable, Chris commence par vomir tout le désert qui s'était emparé de lui, puis il se met à déverser une cascade d'insultes, histoire de reprendre pied avec la réalité.

- Excusez-moi ! fait-il alors, regrettant moins ses jurons que le spectacle de peur panique qu’il vient de leur servir.

Ses deux sauveteurs le regardent un moment, l'air absent, puis, instinctivement, ils en viennent à s'observer : la poussière et le sang n'empêchent pas d'identifier l'uniforme de l'un et l'autre, qui se réduit pour elle au petit minimum, autrement dit un brassard de police, tandis que lui revêt une combi de l'armée de l'air, agrémentée d’une écharpe jaune.

- De l'eau ? Il y a de l'eau quelque part ? demande-t-elle, la voix rauque, se surprenant à songer plus à elle-même qu'au pauvre type qu'on vient de sauver de l'ensablement.

Elle a vu juste en s'adressant à l'aviateur : il a tôt fait de trouver une bouteille, d’eau tiède, certes, mais d'eau tout de même. Il la lui tend avec ce qu’elle reconnaît pour un sourire séducteur, comme si elle avait quelque chose à en faire, de la drague, dans le moment qu'on vit ; la bouteille aussi, elle la refuse et, pour se racheter de sa pensée égoïste, la remet à l'assoiffé, qui en vide le contenu en un rien de temps et sans aucun scrupule.

- Je vais vous en chercher une autre, s'engage Stecks, en la gratifiant d'un clin d’œil, cette fois.

Elle répond par un simple merci, prononcé comme on lirait le dernier mot d'un long roman : de fait, c'est peut-être bien la dernière marque de reconnaissance que cet homme pourra attendre de l'équipage, se dit-elle.

Car, selon toute évidence, il s'agit du pilote de l'avion qui vient de se crasher.

De retour du cockpit, l’air Lovelace a fait place à une mine déconfite : Stecks n'a plus ni sourire ni clin d’œil à distribuer, rien qu’une nouvelle bouteille bien tiède. Mais sa mélancolie soudaine tient moins à la température de l’eau qu’aux révélations qu’il s’apprête à faire.

- Tout ce qu'il reste de frais, annonce-t-il à la policière en lui remettant le récipient, c'est encore les nouvelles et elles ne sont pas bonnes !

- Les instruments de communication, c'est ça ? devine-t-elle.

- Tout est mort ! Le tableau de bord a totalement cramé. Pas mieux, mon téléphone portable a disparu.

- Le mien aussi ! s'exclament Lahanne et Hippeau, à l'unisson.

Quatre des cinq autres passagers ont profité de cet échange pour détacher leur ceinture, quitter leur siège et rejoindre leurs compagnons d'infortune.

Infortune. Le mot adéquat pour qualifier la situation de ces rescapés, puisque se retrouver en plein désert, sans vivres ni moyens de communication, implique une mort lente ou, pour coller au contexte, une mort à petit feu... Or si l'on envisage que tout l'équipage a survécu, sans qu'on ait à déplorer une seule victime, ce bilan propre à contredire toutes les statistiques des crashes aériens interdit de parler de malchance.

Quittant leur position inconfortable entre deux rangées de sièges, les rescapés réduisent progressivement l’espace qui les sépare, tout en se regardant de loin, en chiens de faïence : on se rapproche pour mieux prendre ses distances. Jusqu'ici, ça avait l’œil rivé sur sa petite personne, à se demander si c'était entier, blessé, choqué ; ça en restait à étancher son besoin d'air et d'eau, à se rassurer sur sa sécurité ; ça grimpait tout doucement les étages de sa pyramide des besoins. Maintenant, pour la première fois, ça lève les yeux sur l'autre. Ça commence à dresser son propre état de la situation. Ça jauge. Avec des regards emplis de défiance, face à des circonstances qui dépassent l'esprit, qui dépècent l'âme.

Devançant tout le monde, Arthur Imboldt explose, révélant le malaise général :

- Je ne vous connais pas, je n'ai jamais vu cet avion, je n'ai aucun souvenir d'un crash, je ne sais pas ce que je fais ici !

Confession sans ménagement. Reprise par les autres, qui avouent la même amnésie : nul ne se rappelle quoi que ce soit, notamment, d'un récent déplacement dans les airs. Seule Marydo McDallah se souvient avoir prié lors d'un atterrissage, mais elle doute qu'il s'agisse du présent vol :

- Vous savez, je suis pasteure, prévient-elle, comme on avertit qu'on est contagieux. Je prie toujours tellement dans ces cas-là ! ajoute-t-elle, tout en obligeant ses doigts tremblants à tresser ses longs cheveux blancs.

- C'est bien joli, tout ça, mais ça ne nous avance pas des masses. Moi, je m’appelle Chris Hippeau.

- Tony Stecks, répond presque mécaniquement l’homme à l’uniforme de pilote.

- Mais vous, vous êtes aviateur, non ? lui demande justement Marie-Paule Lithic, ayant identifié, sur la chemise anthracite, la barrette rose qu'arborent les pilotes d'Air France.

- C'est vrai, je conduis des avions privés, comme celui-ci, mais je... Il hésite quelques secondes, en profite pour faire s'envoler des grains de sable dissimulés dans les plis de ses manches et dans son écharpe jaune en laine d'agneau. J'étais en plein congé avant de me réveiller là, il reprend. Je me baladais en montagne avec ma femme et mes deux fils.

Sa réponse provoque un retentissement formidable dans l'esprit des autres rescapés à qui revient, d'un coup, comme libérée par cette révélation, la réminiscence de leur dernière journée : Marie-Paule Lithic s'était endormie pendant une énième séance du Sénat ; Enrica Lahanne, aux côtés de son équipier, auditionnait trois jeunes et une adulte pour une histoire de vol à la tire ; Arthur Imboldt, qui avait passé la matinée dans son épicerie et l'après-midi en séance de dédicaces, venait d'écrire une fois de trop quelques mots d'une intimité folle à l'attention d'une personne dont il ne savait rien ; Chris Hippeau était allé pointer au chômage et se mettait justement en quête d'un rien à bouffer ; Marydo McDallah préparait son sermon sur le thème de la guérison, avant de rendre visite à ses malades. Quant à Béryl, quand on lui pose la question, il commence par cracher au sol, puis il lève vers eux un regard de mépris :

- Continuez à vous gargariser de vos petits souvenirs recomposés ! Faites avec ce qui reste dans vos misérables cerveaux ! Mais passez à la vitesse supérieure, qu’on en finisse !

Quest-ce qu’il lui prend, à ce butor ? se demandent-ils tous. Et qu’est-ce qu’il est en train de raconter ? Est-il encore sous l'effet du crash ? ou du crack ? On ne pousse pas plus loin ces réflexions, focalisés qu’on reste sur un autre choc, celui qu'a causé la découverte de cette amnésie collective.

À la stupéfaction s'ajoute l'inquiétude, quand Hippeau demande aux autres s'ils retrouvent leur téléphone portable : aucun d'eux ne peut mettre la main ni sur son mobile ni sur son ordinateur ni sur quelque effet personnel que ce soit, d'ailleurs. On s'agite en tous sens dans la cabine, on se bouscule en pensant avoir repéré un téléphone portable sous un siège, un ordinateur dans le filet d'un dossier : des gamins cherchant leur goûter à la sonnerie de la récré... Ils s'en reviennent bredouilles auprès de l'aviateur.

- On ne peut pas communiquer avec les moyens du bord ? s'enquiert Chris Hippeau.

Stecks doit répéter que les outils de transmission ne fonctionnent pas non plus.

- En résumé, conclut Marydo McDallah, on est privés de toute communication avec l'extérieur.

- Et la prière, vous oubliez, ma sœur ? l'apostrophe Béryl en ricanant.

- Je ne suis pas catholique ! s'offusque la pasteure.

- Moi non plus !

- J’ai cru comprendre que vous vouliez que les choses s’accélèrent, lui rappelle la policière. Alors, aidez-nous, plutôt que de rester tapi dans votre coin à vous moquer de nous !

- C’est vous qui m'avez volé mon portable ? s’enhardit la politicienne en toisant Béryl.

C'est parce qu'il s'en est pris à une ministre du culte, ou bien parce qu'il a la provocation facile, ou encore à cause de cette vilaine balafre au front que Marie-Paule Lithic assimilerait sans autres ce quadra mal fringué à un voleur.

- Je m’appelle Marie-Paule Lithic, croit-elle nécessaire de se présenter. J’ai été maire en Île-de-France et j’assume actuellement d’importantes fonctions politiques. Vous ne vous rendez pas compte de la liste de personnages influents qui peuplent mon répertoire ! ajoute-t-elle, passant de l'inquiétude à l'angoisse. Pour tout le monde ici, il vaudrait mieux que mon portable ne soit pas tombé entre des mains mal intentionnées !

Béryl se contente de ricaner une nouvelle fois, réaction propre à conforter la femme politique dans son jugement.

- C'est un canular, ou quoi ? s'impatiente Imboldt à son tour. Où sont passés nos téléphones ? Et toutes nos affaires ? D'ailleurs, je serais bien incapable de lister ce que j'avais emporté : je ne me souviens de rien. Si c'est une plaisanterie, elle a assez duré !

Mais aucun mauvais farceur ne vient se dénoncer.

- Il faut à tout prix sortir d'ici, gémit Marydo McDallah. J'ai trop peur ! Regardez, l'avion est à moitié enfoncé dans le sable.

Elle désigne sur sa gauche la série de hublots aveugles. Stecks l'apaise en lui promettant qu'on n'est pas en train de s'enfoncer, qu'on va bientôt quitter l'appareil, de toute façon.

- À coup sûr, on a été drogués, ajoute-t-il, sans transition.

- Permettez-moi d'en douter, le contredit Enrica Lahanne. Si tel était le cas, on ressentirait des effets secondaires. Or aucun de vous ne se sent nauséeux, assoupi ou spécialement nerveux, n'est-ce pas ?

Malgré leurs yeux fébriles et l'agitation qui secoue leurs membres, les rescapés lui donnent raison.

- Et vous ? profite de lui demander Chris Hippeau. Vous êtes flique ?

- Inspectrice Enrica Lahanne, de la PJ de Montpellier, s’annonce-t-elle, avant de reprendre, en visant l'étendue désertique par un hublot encore non ensablé : Quoi qu’il en soit, nous voilà totalement coupés du monde extérieur !

- Mais qui a bien pu... ?

Chris Hippeau n'a pas le loisir d'en dire davantage : une déflagration secoue la carlingue et, poussés par un instinct grégaire, les survivants se plaquent contre le sol. Puis le feu, venant du cockpit, se propage en direction du couloir. Le sauve-qui-peut de Stecks décide tout le monde à se ruer vers la porte de sortie arrière qui est débloquée, la panne électrique ayant sans doute désactivé les verrous.

 

Encore en phase de relecture, le manuscrit sera expédié sous peu à différentes ME. Patientez avec moi...