La Surnommeuse

2017 08 14 5

JE DEDICACE LE ROMAN AU FESTIVAL DU LIVRE SUR LES QUAIS, A MORGES, LES 1er ET 2 SEPTEMBRE 2018.

Le lien à suivre pour obtenir les infos détaillées : 

http://www.lelivresurlesquais.ch/

Présentation du roman :

Abandonnant une formation en archéologie,Antigona Krestaj rejoint la gendarmerie puis la Crim’ lausannoise,l’année d’après.Dans sa vie privée,la jeune inspectrice,tenaillée par la peur inavouée de s’engager dans une relation amoureuse pérenne,favorise son travail plus que de raison.Or en 2014,le burn-out de son chef l’amène à diriger la brigade criminelle,une première pour une femme en Suisse.Par suite,Antigona s’investit plus encore dans son métier,au détriment de sa vie personnelle.C’est alors que “l’affaire des katanas”,impliquant le romancier à succès David Morlans,vient déranger cet équilibre aussi précaire que savamment construit et Antigona s’aperçoit brutalement qu’elle évolue,à la manière d’un funambule,sur la corde raide de dilemmes insoupçonnés.

Voici l'incipit de ce roman, premier épisode des Enquêtes de la commissaire Crystal, sorti dans les librairies début octobre 2017.

PS : les notes (numérotées ou suivies d'un astérisque) figurent en fin de ruban.

 

 

La Surnommeuse

- Entre les lignes d'un Négrivain -

 

Premier épisode des Enquêtes de la commissaire Crystal


 


PROLOGUE


 

 

Une nouvelle fois interpellée par sa conscience, Antigona Krestaj retient son geste, laisse suspendue à quelques centimètres de la poignée de porte une main raidie par l'appréhension, et elle sent tressaillir son cœur.

Foutus scrupules ! Non contents de l'habiter jusqu'ici, voici qu'ils la hantent désormais ! Elle leur a même trouvé un nom, à ces fantômes, ou plutôt un surnom, comme s'il ne lui suffisait pas de surnommer à tout-va les êtres de chair et d'os qui l'entourent...

Créon et Antigone, voilà comment elle les appelle. Son propre prénom sans doute l'a amenée à convoquer la légende d'Oedipe, le mythe favori d'entre ceux qui ont bercé son enfance et qui lui ont fait entreprendre des études d'archéologie, interrompues pour entrer dans la police, quand elle a troqué bouquins d'histoire ancienne contre codes de procédure, truelle et pinceaux contre Glock et menottes. Ainsi, Antigone, vibrante de justice, mais prête à mourir pour la vérité, met en conflit l'inspectrice* Krestaj, de plus en plus souvent depuis ces dernières semaines, avec l'autre voix de sa conscience, une voix déclinant règles et procédures, les bases de justice en lesquelles elle croit pourtant dur comme fer, son Créon. Et lui, en réponse à la rébellion d'Antigone, est devenu plus intrusif, plus coercitif, tyrannique comme l'éponyme roi de Thèbes qui, dans la légende, s'obstine à faire triompher la justice, fût-ce aux dépens de ses sujets, dont sa propre nièce Antigone.

L'inspectrice s'efforce depuis si longtemps de concilier son Créon et son Antigone qu'elle a parfois le sentiment d'être venue au monde pour servir d'abri à cette paire insolite, tandem d'aspirations grâce auquel elle a intégré la police et malgré lequel elle est devenue inspectrice, aujourd'hui cheffe de la Brigade Criminelle à la Police Judiciaire de Lausanne.

« En poussant la porte de ce parloir, sans la permission de ta hiérarchie et après avoir été dessaisie de "l'affaire des katanas", tu sais que tu encours plus qu'un simple blâme, revient à la charge un Créon inlassable. À évoluer ainsi dans l'illicite, tu me rappelles bien cette Antigone, fille d'Oedipe, fruit d'une union illégitime et défendue ! Et ce 5 juillet 2015 pourrait être le dernier jour de ta carrière prometteuse ! Tu risques gros, ma petite folle ! » « Je risque quoi ? David Morlans, lui, risque la perpétuité », riposte son Antigone. « C'est tout ce que mérite, reprend l'autre, un assassin récidiviste, un menteur, un pilleur doublé d'un manipulateur ! La perpétuité, dis-tu ? Ce ne serait que justice ! » « Peut-être... Mais ce ne serait pas que vérité. »

Mettant ainsi fin à ce monologue intérieur, l'inspectrice, d'un pas illicite, pénètre dans la pièce, prie le gardien d'ôter les menottes au prisonnier, doit insister pour qu'on les laisse seuls.

Seuls. Seule à seul. Sa solitude à elle face à sa solitude à lui.

- Enfin derrière les barreaux ! C'est bien ce que vous pensez tout haut, non ?

David Morlans n'a pas attendu qu'elle s'asseye pour l'apostropher, de manière chamailleuse, comme lors de leur dernière rencontre.

Est-ce qu'il va seulement la laisser l'aider, sauver son âme des tourments, ainsi que la mythique Antigone l'a fait avec son frère Polynice.

En dépit d'une chemisette aux couleurs chatoyantes – alors qu'elle ne l'a jamais vu porter que du bleu délavé –, l'écrivain à succès, pour la première fois peut-être, paraît son âge. Des rides de fatigue et des joues qu'elle devine ravinées par les larmes ne suffisent pourtant pas à effacer son charme, lui confèrent même une dimension de noblesse émouvante.

- Ne pensez pas à ma place, répond-elle, ravalant mal ses émotions.

- Enfin, je le tiens, mon assassin ! contrefait-il l'inspectrice, toujours sur un ton provocateur. Comment expliquer alors, ma chère enquêtrice, cet air renfrogné ?

- C'est ma mine habituelle, à vous en croire, soupire-t-elle. Avant tout, je ne suis pas aussi convaincue que vous de votre culpabilité.

- Pourtant, vous les avez obtenus, ces aveux que vous espériez depuis notre premier entretien, je me trompe ? 

- Je sais que vous couvrez quelqu'un, Morlans : dites-moi qui !

Pas de réaction. Elle s'y attendait.

Cette inspectrice qui n'a rien à faire ici finit par s'asseoir en face de ce prévenu qui ne devrait pas être là non plus. Elle pose ses mains sur la table, avant de les relever, instinctivement, comme elle les a senties en contact avec un liquide, quelques gouttes translucides répandues en légères traînées : les résidus d'un gobelet renversé ? Ou les traces d'une précédente visite au parloir ? Des larmes, oui, à coup sûr.

- Ne vous méprenez pas sur mes intentions : je ne suis pas venue jouer les aumônières ! Je sais bien que c'est vous, l'auteur du dernier crime.

Pas de réponse. Étonnant...

- Dites-moi au moins pourquoi vous l'avez étranglée, après l'avoir poignardée.

Aucune réaction. Compliments !

- Le Ministère Public pense, à cause de ce... détail, que vous aviez un associé et...

- Pas d'associé, réagit-il enfin. J'étais seul. Mais j'avais promis à cette chienne de l'étrangler, alors...

- ...Une promesse est une promesse, c'est ça ?

Silence. Mais un de ces silences qui précèdent les cris de victoire.

- Je dois vous apparaître comme un monstre, avance-t-il.

- Un monstre menteur, oui ! Celle que vous dites avoir poignardée puis étranglée, j'ai l'avantage de vous apprendre qu'elle est morte d'une overdose d'héroïne.

Nouveau silence. Celui-là porte l'écho de sa victoire.

- Monsieur Morlans, vous n'êtes pas un monstre, pas même un criminel, j'en suis certaine, mais, je vous le répète, vous couvrez quelqu'un.

- De toute façon, mon pire crime n'est pas celui qui me vaut votre visite, charmante, par ailleurs, finit-il sur un ton presque badin.

- Que voulez-vous dire par là ?

- Que toute cette enquête n'aura pas réussi à rompre le charme.

Elle parvient de moins en moins à dissimuler son trouble. Elle n'aurait pas dû venir. Elle subit à nouveau le conflit de conscience entre son Antigone et son Créon. Morlans joue avec elle, à coup sûr, à coup gagnant, mais comme on joue avec un pion plutôt qu'avec un partenaire.

- À quel crime faites-vous allusion ? se décide-t-elle enfin.

- Vous avez dû l'apprendre lors de votre enquête : à un forfait si terrible que toute la justice des hommes ne pourra pas m'aider à l'expier.

Depuis ces derniers temps, après ces heures passées à s'entretenir avec David Morlans, ces jours à parler de lui, au sein de la brigade, et surtout ces nuits à penser à lui, seule dans son lit, elle l'a imaginé tour à tour meurtrier, complice, puis innocent, mais jamais elle ne l'a associé à quelque autre dossier que celui qu'on dénomme désormais "l'affaire des katanas". Fait inhabituel chez elle, Antigona ne parvient pas à trouver un surnom au romancier : si Mort lente lui revient sans cesse à l'esprit, elle se refuse à le baptiser ainsi. Et pourtant, c'est bien ce qu'il est en train de faire : il se laisse mourir, lentement mais sûrement.

- Par-dessus tout, reprend-il, baissant des yeux qu'elle devine embués de larmes, je suis un impostueur.

- Un imposteur ? croit-elle rectifier.

- Non, un im-pos-tu-eur.

Il a presque hurlé ces mots, attirant l'attention du gardien qui est resté derrière la porte vitrée et l'ouvre d'un coup sec.

Tout aussi brusquement, le prévenu se lève, rejoint à grands pas le surveillant et quitte le parloir.

Elle reste assise un long moment, noyée dans les eaux troubles de ses émotions contraires de femme, perdue dans ses supputations d'enquêtrice démise de l'enquête, balançant entre Créon et Antigone, et, comme elle laisse son regard flotter vers le côté de table que David Morlans a occupé, elle voit d'autres gouttes perler sur la surface en bois mélaminé : là non plus, elle en est sûre, il ne s'agit pas d'un gobelet renversé.

 

 


 


 


 

 


 

Nue sur ce lit trop dur pour toi,

Anéantie, transie de froid,

Tu me souris, sans que je voie

Agoniser mon autre moi.

Le noir trépas, glaçant d'effroi,

Implacable, fait double emploi

En nous fauchant, et toi et moi.


 


 

David Morlans, 1er août 2012

- trente-huitième jour


 


 


 

1


 

ANTIGONA


 


 

L'horloge de son ordinateur lui rappela qu'on était le 13 juin 2015 : un mois déjà qu'il avait claqué la porte à sa maison d'édition ; un mois qu'il avait décidé de se passer de "nègre" ; un mois de sevrage inutile ; un mois infécond, à l'image de ces trois dernières années. Un moi infécond, aussi.

Horla ! répéta-t-il pour lui-même, en s'attardant une nouvelle fois sur l'en-tête du blog.

David Morlans trouvait plutôt cocasse qu'un écrivain-fantôme s'inspire de la nouvelle fantastique de Maupassant pour nommer un site internet vantant ses mérites de nègre littéraire. Peut-être fallait-il y voir l'expression d'une certaine schizophrénie inhérente au statut de ghost writer ? Après tout, écrire pour un autre, n'est-ce pas se mettre à sa place, devenir lui, au moins un peu ? En fait, il s'en fichait. La seule chose qui l'inquiétait, c'était l'avancée de son nouveau récit. Cela dépassait même le stade de l'inquiétude pour devenir une obsession chaque jour plus terrifiante : le livre était censé faire les gros titres lors de la rentrée littéraire, fin août, or on arrivait à la mi-juin et on en était encore à parler trame générale ! Même s'il savait qu'il avancerait tous les frais pour imprimer ces tonnes de merde, David avait de quoi s'inquiéter, d'autant plus qu'il ne connaissait pas Horla : son nouveau "nègre" se rendait-il compte des délais à respecter pour éditer un bouquin, fût-ce en auto-édition ?

Après avoir vérifié la notification de présence, Morlans démarra la discussion instantanée :

- Bonsoir, Horla, tapa-t-il simplement.

- Bonsoir, Monsieur Morlans. Vous allez bien ? reçut-il dans la minute.

La messagerie instantanée portait décidément bien son nom. Tant mieux, l'échange serait plus pratique que s'il avait fallu procéder par courrier, plus pratique et moins minant : pour rien au monde, il n'aurait voulu revivre les lents dialogues épistolaires des dernières années.

- Je viens aux nouvelles, mon cher, écrivit Morlans.

- Elles sont bonnes, rassurez-vous ! Je n'ai pas touché à la trame principale de mon auguste prédécesseur Alignac, mais j'y ai ajouté deux intrigues secondaires qui la rejoindront vers la fin du récit, en principe.

« Je n'ai pas touché à la trame principale », répéta David dans sa tête. Que voilà un "bon petit nègre" pour reprendre la succession d'un autre ! Deux nègres, ben voyons ! À ce rythme, d'ici quelques années, il lui faudrait bientôt un négrier pour pondre un bouquin !

- Vous êtes sûr que ça tient la route ?

- Je dirais même que l'idée du choc climatique est géniale, Monsieur Morlans. Je suis sincère.

Alignac n'avait finalement pas salopé tout son travail : c'est vrai, après tout, imaginer une suite où des créatures, qui ont besoin d'ombre pour vivre et commettre leurs méfaits, doivent composer avec un changement d'orbite solaire réduisant le rayonnement et, partant, les ombres, ça pouvait donner quelque chose d'intéressant. En plus, le "vieux nègre" y avait ajouté ce soupçon d'intérêt écologique qui ravirait la masse des bien-pensants. Parfait !

- Mais le genre, Horla, s'inquiéta-t-il tout de même, puisqu'il n'avait plus que ça à faire, s'inquiéter. On reste bien dans de la "med-fan"1, j'espère ?

- Oui, oui, Monsieur Morlans. Je peux même ajouter que je crois avoir saisi votre style d'écriture et vos petites manies.

« Mon style », « mes manies », se répéta David. Un style reproduit, depuis des années, par un autre que lui, des « manies » que, depuis autant de temps, il ne supportait plus. Mais cette satanée fantasy – sa "merd' fan", comme il l'appelait – collait à son nom d'auteur depuis ce non moins satané best-seller qui l'avait propulsé au rang des écrivains les plus lus dans le monde francophone, les plus lus et, pour sa maison d'édition parisienne Mers d'encre, les plus rentables. Au point qu'elle l'avait dissuadé d'écrire autre chose : « Surfez sur la vague, bon sang ! », ne cessait de lui rabâcher Robin Aster, le directeur du département littérature française. Et il avait raison sur ce point, que ça rapportait des millions d'euros, ces millions de mots, et autant de faux !

De toute façon, à quoi bon écrire, désormais ? Écrire revient à créer, à donner la vie : en grec ancien, le mot "poiêsis", avant de signifier "poésie", veut dire "création", et le nom "poiêtês" porte initialement le sens de "créateur". Or sa créatrice à lui, sa poétesse, s'en était allée. Depuis son départ, toute sa joie de vivre, son envie d'écrire avait disparu, comme l'ombre sur la terre dans la trame principale de ce "Pourfendeurs d'ombre – 3" en cours de rédaction.

- Vous ne discutez plus ? Je vous ai fâché en parlant de « manies » ?

L'apparition de cette nouvelle ligne de dialogue, ponctuée par une petite alerte sonore, tira Morlans de ses réflexions.

- Non, répondit-il, pas de souci avec ça. Par contre, si je ne retrouve pas le style – il avait d'abord tapé « mon style » mais, même ainsi, il ne pouvait se l'attribuer –, ce sera la fin de notre collaboration, je vous le dis tout de go. Et il en va de même, si vous ne tenez pas les délais !

- Comme vous y allez, Monsieur Morlans ! Ne vous en faites pas. Je serai en mesure de vous envoyer une vingtaine de feuillets d'ici quelques jours. Vous pourrez alors, j'en suis certain, vous rendre compte que j'ai respecté votre manière d'écrire de la "med-fan" et que je suis le collaborateur de rêve que vous cherchiez.

« Collaborateur ! », répéta à haute voix David Morlans, affichant une mine dégoûtée. « Collabora-tueur, oui ! », rectifia-t-il, en refermant brutalement le couvercle de son ordinateur portable, comme il aurait claqué une porte. Ce mot-valise convenait mieux que tous les autres pour décrire une association qui l'anéantissait chaque jour un peu plus.

Un sentiment de honte s'emparait de tout son être, une conscience plus aiguë que d'ordinaire de sa déchéance, de sombres considérations que ne parvint pas à conjurer un verre de whisky de plus.

Ce n'était pas la honte d'être un écrivain raté. Talentueux, certes, il ne l'était pas, mais un écrivain honnête, il aurait pu le devenir, si on l'avait laissé faire, et si on ne lui avait pas tenu la bride haute, il aurait pu s'essayer à d'autres genres littéraires : comme il aurait aimé écrire un récit historique dont l'action se situerait dans le Japon des geishas et des samouraïs ! Il fit pivoter son dossier de 90 degrés pour faire face au katana qui reposait majestueusement sur son socle, entre deux bibliothèques, puis il déposa un regard plein d'une tristesse attendrie sur le bronze élégant représentant une Japonaise en kimono, en train d'arroser une plante. Il avait aussi rêvé – en rêvait-il encore ? – de façonner un roman policier, pas un de ces polars juste bons à servir de scénarios pour des thrillers télévisés, mais un roman-énigme à l'Edgar Allan Poe, ou façon Chandler, qui voit le lecteur et le commissaire élucider l'énigme en même temps, où le voile du mystère n'est soulevé qu'à la fin.

Ce n'était pas la honte, non plus, d'être un auteur conspué par le monde des lettres : comme il s'en fichait, de ces critiques littéraires qui le brocardaient en le traitant d'écrivaillon commercial et de scribouillard cantonné dans un sous-genre dédaignable !

Non, la honte, la vraie, celle qui l'empoignait chaque jour, le terrassait la nuit, était alimentée par le sentiment d'être un imposteur.

Imposteur, à laisser noircir les pages de ses livres par les mots d'un autre.

Imposteur, à tromper non seulement la foule des étrangers, mais encore le petit cercle des siens, sur la paternité des ouvrages publiés à son nom.

Imposteur, à récidiver de bouquin en bouquin, à tirer profit des rééditions plutôt qu'à profiter de l'une d'elles pour associer au moins le nom de son "nègre" au sien ; et que dire de toutes ces traductions de ses œuvres, qui colportaient le mensonge dans d'autres langues, d'autres pays, d'autres cœurs !

- Imposteur ! s'insulta-t-il à voix haute. Impos-tueur, même ! ajouta-t-il, en se rappelant l'article de journal de la veille, où était relatée la mort de Vincent Alignac, l'écrivain qui rédigeait pour lui depuis deux ans. Heureusement, on n'évoquait pas le nom du grand David Morlans. Aucun soupçon, pour le moment... La cérémonie funèbre aurait sûrement lieu la semaine prochaine, mais il n'y assisterait pas, évidemment, et il ne savait même pas s'il aurait le courage d'aller un jour se recueillir sur sa tombe.


 

*


 

- Krestaj, j'écoute !... Oui, elle-même... Ah, mince, un DCD* !... Ce mercredi 10 juin ?... Mais vous n'êtes pas passé par la centrale ?... La prochaine fois, vous... Mais bon, laissez tomber, allez-y !... Comment vous épelez ça ? ... A – L – I – G – N – A – C ? Donc alpha – lima – india – golf – november – alpha – charlie ?... Ben oui, autant avoir dès le départ le bon orthographe !... Comment ? Orthographe, c'est féminin ?... Mais pas autant que moi ? Ah, ah ! Petit flatteur, va ! N'en rajoutez plus ! Bon, où elle créchait, la victime ?... Au chemin de Montelly n° 8bis, vous dites ?

Son débit ralentit soudain et son ton se fit plus grave.

- Affirmatif, on peut y être, disons, dans vingt minutes, vu l'heure... Non, j'envoie pas d'équipe, je me rends moi-même au dom et attendez-vous à voir débarquer l'ID* avant l'aurore... Mais oui, « ou l'aube », c'est pareil !... Comment ça, c'est pas la même chose ?... Vous commencez à me gonfler, avec vos remarques de prof de français, bonjour chez vous !

L'inspectrice raccrocha avec brusquerie et soupira profondément : quels phallos, tout de même, ces uniformés ! Plus on les déplumait et plus on les entendait glousser ! Qu'est-ce que ce serait, le jour où elle passerait commissaire !

Elle appela le procureur de service pour l'informer de cette mort suspecte ; il ne pourrait pas se déplacer dans l'immédiat mais l'assura de la présence sur place d'une équipe de l'Identité Judiciaire, ainsi que d'un médecin légiste.

- Chiche que le légiste met plus d'une heure à débouler ! la prévint son adjoint, depuis un siège où il vautrait ses quelques kilos en trop.

- Allez, Euseb', un peu d'exercice ! On a une mort suspecte dans le quartier de Montelly.

- Ouais, j'avais cru comprendre, répliqua l'autre, qui se redressa péniblement et eut envie d'emporter dans son effort Samuel Donzet, le tout jeune inspecteur fraîchement débarqué dans la brigade.

- Allez, mon ripeur*, remue un peu tes couche-culottes !

Mais Antigona refusa que le bizut les accompagne et, sans autre explication, quitta le bureau ; elle traversa le couloir, déclencha, à l'aide de son badge magnétique dissimulé dans l'étui de son téléphone portable, le mécanisme mural qui lui ouvrit la porte sécurisée, descendit un escalier, joua encore de son badge et, avant de descendre au garage, s'arrêta au front pour informer de sa mission le chef opérationnel et lui demander de contacter l'ID. Cette pause permit à Eusebio de rejoindre sa cheffe :

- C'est dommage de le laisser tout seul ! fit-il, haletant déjà.

- Samuel ? Mais il n'est pas tout seul, voyons, on est à l'Hôtel de Police de Lausanne, pas dans un petit poste perdu de banlieue parisienne !

- Non mais, je veux dire, pourquoi ne pas l'emmener avec nous ? Il pourrait en apprendre, des choses, en nous accompagnant. Et puis, avant de croiser un autre cadavre, Sam pourrait avoir les cheveux blancs et occuper ta place.

- Mon cher Eusebio et son sens de l'exagération ! clama-t-elle en levant les bras, dans un geste théâtral, ce qui fit sourire le chef opérationnel. Les homicides, ce sera pour une prochaine fois, continua-t-elle en descendant au garage. On ne va pas le blaser trop vite, ce petit ! Et arrête de l'appeler Sam, ajouta-t-elle en gagnant la voiture. C'est Samuel, point ; on n'est pas aux "States" ! 

- Samuel Point ? répéta Eusebio, goguenard. Je croyais qu'il s'appelait Donzet.

Elle se contenta de lui adresser le sourire de commisération qu'elle réservait à ce niveau d'humour. Tiens, elle n'avait pas encore trouvé de surnom à ce tout jeune inspecteur, qui n'avait certes rien d'un béjaune et semblait même prometteur, mais présentait un abord un peu prétentieux par moments. Donzelle, peut-être ?

- Too bad ! lâcha Eusebio, en prenant place sur le siège passager avant.

- Et why donc ?

- Si on était aux "States", après avoir démarré, on foncerait à tombeau ouvert, toutes sirènes hurlantes.

- Tu sais qu'on a deux morts ce soir !

- Mais tu ne m'as pas parlé que d'un macchabée ? s'étonna l'adjoint.

- Il y a celui de Montelly plus la victime des séries télé à qui je m'adresse en ce moment.

- Ah, excellent, ça ! Mais tu me diras ce qu'il y a d'autre à voir sur le petit écran.

- Alors, tu nous la fermes, cette portière ? Qu'on décolle d'ici !

Il s'exécuta mais la voiture, quant à elle, refusa de démarrer : il fallait changer de véhicule. Pour le coup, on s'était bien éloignés des States ! Or les deux autres autos attribuées à la brigade Intégrité n'étaient pas encore revenues et Eusebio fut bon pour remonter à l'étage des bureaux de brigades.

- Emprunte une clef à celle du Patrimoine, elle a encore toutes ses bagnoles, lui recommanda Antigona et, comme son regard s'attardait sur les trois véhicules garés côte à côte, elle se mit à fredonner : "Nos voitures dorment en bas comme des bébés"2... Elle chantonnait parfois des paroles de France Gall ou de Benabar, ou encore de Balavoine, qui restait son chanteur préféré, alors qu'Eusebio, lui, ne jurait que par Joe Dassin, dont il était un admirateur invétéré. Il leur arrivait ainsi, surtout en déplacement motorisé, d'entonner des airs bien connus d'eux et d'y aller à qui mieux mieux, pariant sur qui céderait le premier. Antigona faillit frémir de gêne en reconnaissant que cela devait faire vieux couple.

Son adjoint s'éloignait justement en reprenant un air récurrent : 

- "L'Amérique ! L'Amérique ! Je veux l'avoir, et je l'aurai"...3

- A ce train-là, t'es pas prêt d'y arriver, en Amérique ! cria-t-elle.

- C'est pas en train, c'est en bagnole qu'on y va ! riposta Eusebio dans un dernier trait d'humour médiocre, avant de quitter le garage.

L'inspectrice soupira puis elle sourit intérieurement, se jurant de lui riposter, à son retour, cette phrase bien connue prononcée par elle ne savait plus trop qui : "Les États-Unis sont le seul pays à être passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation."4. Elle profita de ce court instant de répit pour remettre en ordre l'agenda mental des tâches de son lendemain, que l'événement de ce soir ne manquerait pas de perturber.


 

*


 

Le quartier de Montelly n'avait pas gardé l'aspect de celui qu'avait fréquenté Antigona au début des années huitante : à la faveur, notamment, d'un plan de réaménagement décidé avec les résidents et effectué entre 2010 et 2013, on avait vu de coquets immeubles de rapport remplacer les bâtisses délabrées, des boutiques succéder aux échoppes d'artisans, alors que des îlots routiers, le passage à une zone trente, voire vingt par endroits, et un radar visaient à dissuader le trafic de transit. Enfin, une « place de village » et un « jardin de poche» avec fontaine avaient été imaginés. La petite Migros, arrivée dans le quartier en même temps qu'Antigona et son père, avait cédé la place à un kiosque où se vendaient tabac, journaux, boissons et sandwiches. En face, de l'autre côté de la route étroite, le bistrot de Montelly se défendait de belle manière depuis plus de cent ans. C'est à sa hauteur que s'arrêta la voiture de police banalisée.

- Madame fait dans le nostalgique ? railla doucement Eusebio, qui savait qu'elle avait vécu dans ce quartier une partie de son enfance.

- J'habitais un peu plus loin sur le chemin, tout près de "l'escalier qui pue".

- Qu'est-ce que c'est encore que cette "lausannoiserie" ? se mit à rire l'autre, une adoption plus tardive par Lausanne ne lui ayant pas permis de se construire des souvenirs d'enfant liés à tel ou tel secteur de la ville.

- C'est ainsi que le surnommaient les habitants du quartier, tellement cet escalier puant l'urine et tapissé de déchets était dégueulasse, obscur, glauque ! J'avais peur de l'emprunter quand j'étais gamine. Mais j'ai appris récemment qu'on y avait organisé des ateliers d'art urbain et que le passage n'avait plus rien à voir avec ce que j'avais connu. Faudra que j'y fasse un pèlerinage...

Elle redémarra pour tourner à droite, juste après le kiosque, et s'arrêta au bout du chemin, entre les deux voitures de police déjà garées devant l'immeuble.

- Je me rappelle aussi le bibliobus, qui s'arrêtait pratiquement juste devant chez moi. Je me demande si ça existe encore.

- Le bibliobus ? répéta Eusebio. C'était quoi ? Une biblio ambulante ?

- Ouais. Un bus contenant des centaines, des milliers de livres et où l'on pouvait passer des heures à lire des ouvrages qu'on finissait par emprunter pour deux semaines. Bon, continua-t-elle, en changeant de ton. On est arrivés. Avant de débarquer, je te briefe sur mon coup de fil, sors ton natel.

Eusebio, au fait des habitudes de sa cheffe, eut tôt fait d'enclencher le mode enregistrement vocal de son portable.

- Ce mercredi 10 juin 2015, à 20 heures 00, commença-t-elle, un témoin a signalé une émanation suspecte au troisième étage d'un appartement situé au chemin de Montelly n° 8bis. Des agents de Police-Secours* ont pénétré dans l'appartement, sans avoir à forcer l'ouverture de la porte, et ont découvert le cadavre d'un homme portant une blessure importante à la tête. C'est tout pour le moment, acheva-t-elle. Tu l'as dans la boîte ? Alors, top action !

L'obscurité de cette nuit sans lune ne parvenait pas à dissimuler le manque de charme de l'immeuble, bâtisse quadrangulaire de trois étages et à la façade d'un brun terne que des volets verts égayaient avec peine ; flanquée sur sa gauche du garage du quartier, la maison de rapport bordait tout un côté de la rue adjacente, qui avait la forme d'un fer à cheval.

Eusebio maugréa en entamant l'ascension des étages par l'escalier car il n'y avait pas d'ascenseur ; en montant les degrés, Antigona Krestaj, quant à elle, se revoyait une trentaine d'années auparavant, quand elle empruntait quotidiennement les soixante-huit marches qui l'emmenaient du petit deux-pièces familial au rez-de-chaussée, puis inversement, mais, cette fois, chargée le plus souvent de sacs de commissions.

Sa maman était morte au Kosovo, victime de la répression serbe, alors qu'elle manifestait avec des milliers d'autres Albanais dans l'espoir que la province devienne une République. Anéanti, le papa avait cessé de vivre, n'acceptant de survivre que pour sa fille : et comme il voulait que, dans tout ce pire, elle ait le meilleur, il se refusa à vivoter, sans liberté ni horizon, aux dépens des familles alliées et tenta leur chance à l'étranger.

Antigona se disait que ce devait être cela, l'énergie du désespoir.

- Putain ! jura Eusebio en ahanant. Comme si ça montait pas assez déjà à Lausanne, il leur faut des immeubles sans ascenseur !

Elle sourit intérieurement puis revint à sa jeunesse : c'est que chacune des soixante-huit marches éreintantes de son enfance, elle avait dû les mériter !

Il y avait eu d'abord l'étape autrichienne : demeurer au Burgenland s'était vite transformé en doux rêve car, quelques mois après leur arrivée, il avait fallu refaire les valises ; Antigona avait beaucoup pleuré, elle qui commençait à baragouiner l'allemand et à échanger ses premières cartes Panini avec les camarades d'école.

Son papa lui avait promis qu'il serait plus facile de s'établir dans le canton de Saint-Gall, vu qu'il parlait désormais quelques mots d'allemand ; il connut, il est vrai, un accueil relativement ouvert de la part des Alémaniques et crut pouvoir faire sa place mais bien vite, dans la conversation, le hochdeutsch cédait au dialecte et tout était à refaire.

La chance finit par leur sourire, avec l'instauration par l’Office central d'aide aux réfugiés, le 20 juin 1981, d'une "Journée du réfugié", dénommée également "Journée de l’hospitalité" : Antigona et son père firent partie des migrants qui bénéficièrent d'une "aide spéciale" et, comme l’Office central développait justement ses activités en Suisse romande et venait d'ouvrir un bureau à Lausanne, ils furent amenés là.

Peut-être à cause du cadeau qu'elle reçut à son arrivée à l'office lausannois – une boîte Playmobil contenant un camion de pompiers, avec échelle pivotante et sirène –, Antigona, du haut de ses sept ans, décréta que son exil s'arrêtait là et qu'elle deviendrait pompière pour défendre la cité qui l'avait si chaleureusement accueillie ; sans s'en rendre compte, la fillette, par un transfert d'affection, substituait dans son cœur la ville de Lausanne à sa maman.

- Bonsoir, cheffe !

Le salut que lui adressa l'agent de Police-Secours* posté sur le seuil de l'appartement la tira brutalement de sa rêverie.

- Bonsoir, Reymond, répondit-elle, en le reconnaissant aussitôt. Alors, toujours nuiteux?

- A chaque fois qu'on se voit, en tout cas ! remarqua le policier. Je vous en prie, ajouta-t-il en lui tendant ses gants en latex.

Elle déclina poliment son offre car elle en avait apporté avec elle, tout comme Eusebio ; ils prirent aussi le temps d'enfiler leurs couvre-chaussures et Antigona constata, avec un certain agacement, que Reymond n'en portait pas.

- Vous êtes le premier agent à être arrivé sur les lieux ? s'enquit-elle.

- Affirmatif, avec l'agent Affolter.

- Combien de policiers à l'intérieur ?

- Trois, cheffe.

- Ils n'ont pas non plus de sur-chaussures ni de masque ?

- Des masques, oui, vu l'odeur...

- Mais pas de sur-chausses, c'est ça ? Pourtant, vous devez en détenir dans vos bagnoles. Allez les chercher, je vous prie.

- Ah ouais, parce que moi, je... redescends pas avant l'année prochaine ! prévint Eusebio, qui la rejoignait seulement et peinait à reprendre son souffle.

L'agent s'exécuta. Antigona jeta un œil taquin sur son adjoint :

- Si un malfrat venait à nous attaquer, je devrais te protéger, mon gros !

- C'est pour ça... que je bosse en Suisse, et pas aux États-Unis !

- Si tu bossais aux États-Unis, tu serais encore plus empâté.

- Moi aussi, je t'aime, rétorqua Eusebio en lui tirant une langue desséchée.

- Les collègues de l'ID vont être ravis de la négligence de nos agents ! reprit l'inspectrice ironiquement, en enfilant son masque. Mais qu'est-ce que ces gars ont appris en devenant flics ?

- Sois pas trop dure avec eux ! Je suis sûr... ouf !... que ces flics ont effectué leur formation avant que la science forensique envahisse le petit écran.

- Attends, laisse-moi deviner : encore des télé-victimes ? En attendant, j'ai bien peur qu'on ait perdu une foule de traces, se désola-t-elle, tout en pénétrant dans l'appartement.

Le trois-pièces honorable affichait de prime abord un ordre tout à fait correct mais était envahi par une puanteur insupportable, qu'Antigona et Eusebio n'identifièrent que trop aisément comme l'odeur d'un corps en putréfaction. Ils suivirent le chemin qu'avait marqué jusqu'au cadavre l'un des premiers policiers arrivés sur place.

- Purée, qu'est-ce que ça schlingue ! Si c'est un homicide, c'est p'têt'bien notre quinzième, parut triompher l'inspecteur, en découvrant le corps inerte près du bureau.

C'est vrai qu'à Lausanne, les morts suspectes n'étaient pas monnaie courante, et, côté homicides, la chose se faisait plus rare encore : deux ou trois par an, c'était déjà « une année faste », comme disait Stäubli, son chef de brigade jusqu'à octobre dernier ! Elle bénissait les années où il n'y en avait pas, tout en répugnant à quantifier ce type de données.

- Merci de la réponse ! lâcha Eusebio, dépité.

- Bonsoir, Messieurs ! fit l'inspectrice en chef à l'adresse des agents, encore occupés à fixer l'état des lieux par des notes et des photos.

- Bonsoir, inspectrice, répondit l'un d'eux.

- Merci de votre travail mais, d'ici l'arrivée des Scientifiques, ne touchez plus à rien. Dites-moi, le policier que j'ai eu au téléphone m'a parlé d'homicide, mais comment le savez-vous ? Ce peut être un accident ou la conséquence d'un malaise, signala-t-elle en observant le corps inerte qui reposait sur le ventre et laissait supposer une chute brutale, au vu de la blessure, sans doute mortelle, visible au niveau de la tête, ainsi que de la flaque de sang coagulé, caillé, même ; mais quand elle reconnut, dans les déchets organiques altérés, de la matière cérébrale, elle détacha ses yeux du cadavre, qui se trouvait dans un état de décomposition avancée.

- Ce n'est pas eux, mais moi, qui vous ai contactée.

Antigona se retourna vers la cuisine pour voir en sortir un policier qu'elle n'avait pas aperçu jusque là et qu'elle ne connaissait pas. À la différence des autres, il ne portait pas de masque, seulement des gants.

- Agent Jérémy Affolter, se présenta-t-il. C'est moi, votre prof de français !

- Ah, oui, je vois, sourit-elle, et elle rougit un peu de ce sourire, mais ce poulet-là lui apparaissait tout à fait comestible, voire bien appétissant. Est-ce qu'Eusebio remarquait qu'elle piquait un fard derrière son masque ?

- Vous avez donc à vos pieds, inspectrice en chef, en plus de moi, bien sûr, reprit Affolter, résolument dragueur, Vincent Alignac, Français de soixante-quatre ans, sans profession, enfin, sur...

- Un moment ! l'arrêta-t-elle, un frisson imperceptible dans la voix. Comment savez-vous tout cela ?

- Eh bien, ses papiers ont parlé, répondit Affolter, qui avait changé de ton, visiblement décontenancé par la question.

- Mais, voyons, rougit plus encore l'inspectrice, cette fois par emportement, vous ignorez qu'il ne faut toucher à rien sur une scène de mort suspecte ?

- Je n'ai pas porté la main sur le cadavre, je me suis contenté de fouiller un peu ses affaires, se défendit l'autre en désignant un gros portefeuille en cuir brun posé sur le meuble d'entrée.

- Ah, bravo, mon vieux ! en rajouta Eusebio. Merci pour toutes les traces que tu as effacées ! Tu as touché à quoi encore, on peut savoir ?

- Bon, calme-toi, Euseb', essaya de l'apaiser Antigona.

- Non, mais on doit savoir pré-ci-sé-ment si ça vaut encore la peine de faire venir l'ID ! insista son collègue, qu'elle soupçonna autant froissé par le manque de diligence professionnelle que piqué par une jalousie mal placée.

Sur ces entrefaites, le légiste passa le seuil, suivi de l'agent Reymond, qui tenait à la main une paire de gants et un masque.

- Je n'ai trouvé que ça dans la voiture, fit-il, respirant avec bruit après avoir monté les marches trois par trois. Pas de sur-chausses ! Mais il y en a peut-être dans ta voiture, Jérémy ? se tourna-t-il vers Affolter.

- Ça n'en vaut plus la peine, maintenant, coupa court le médecin, agenouillé près de la dépouille. Sans couvre-chausses, on bousille vite un tas de traces. Un masque et des gants n'y changeront plus grand-chose. Bonsoir, inspectrice.

- Bonsoir, docteur Bruyère. Magnifique que vous soyez déjà là ! Vive les permanences !

- En fait, ça aurait dû être mon collègue Echkol – le jeunet qui va prendre ma succession, vous savez ? –, mais le gaillard est toujours au pays des kangourous... Je m'apprêtais à rentrer chez moi quand j'ai reçu l'appel de la centrale : vous avez de la chance.

- Vous plus encore ! enchérit-elle, sans relever cette touche de vanité. Ce cadavre m'a l'air tout à fait exquis. Vous avez des nouvelles du commissaire Cabrol ? demanda-t-elle, sur un ton moins léger, car elle le savait proche de Stäubli.

- Ah oui, quelles nouvelles de notre ancien chef ?

Mais le vieux médecin fit mine de ne pas avoir entendu la question d'Antigona, pourtant reprise par son adjoint ; agenouillé auprès du corps, il avait commencé l'examen externe :

- Ouh, souffla-t-il, il a saigné, celui-là ! Et cette cervelle ! Quel coup il a dû recevoir, hein ?

Au tour d'Antigona de ne rien répondre : de toute façon, il se concentrait désormais sur son cadavre, afin de constater le décès et de remplir son rapport. Elle demanda aux agents s'ils avaient pris note de paramètres comme la position du corps, sa température, celle de la pièce, les odeurs et les différents moyens d'accéder au salon et à l'appartement ; surtout, elle voulait s'assurer que rien d'autre n'avait été touché ou changé de place. Elle les remerciait d'avoir récolté ces informations pertinentes, quand Bruyère requit son attention :

- Dites-moi, est-ce que l'identification de la victime est certaine ?

Antigona répondit par l'affirmative, sans préciser comment cette certitude avait pu être établie, mais en jetant un regard de reproche à Affolter, qui lui répondit par une moue terriblement séduisante.

Une paire d'inspecteurs de l'Identité Judiciaire entra un peu plus tard dans l'appartement. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'exultèrent pas de joie en apprenant qu'on n'avait pas limité au strict minimum les atteintes à la scène du crime, à tel point qu'ils abandonnèrent l'idée de travailler par cercles concentriques. Antigona ne connaissait que l'un des deux scientifiques, pour avoir collaboré plus d'une fois avec lui. C'était un vieux de la vieille, du nom de Riffler, qu'elle surnommait depuis longtemps Renifleur. Elle ne le faisait pas par mépris mais par habitude car, aussi loin qu'elle s'en souvenait, elle adorait marquer de surnoms les gens qu'elle côtoyait ; elle gardait cela pour elle, comme une enfant, jalousement, peut laisser fermée une boîte à musique, de peur que d'autres, en l'écoutant, n'y perçoivent qu'une suite de sons discordants.

L'inspectrice prit le temps de briefer les deux nouveaux venus qui, néanmoins, interrogèrent après coup les agents et prirent à leur tour des photos.

- Ça commence à faire du monde là-dedans ! fit remarquer Eusebio à sa cheffe.

- Tu as raison, reconnut-elle, et aux quatre policiers en uniforme : Merci encore de votre boulot, messieurs ! A présent, allez inspecter les étages, ainsi que les alentours de l'immeuble. Tous vos constats devront figurer dans le rapport que vous remettrez à votre officier, avec copie à moi-même, d'ici demain, huit heures. Reymond, vous avez une tablette, je vois : c'est vous qui avez consigné l'événement dans le JEP* ? Bon, alors, je compléterai l'info.

Ils quittèrent les lieux l'un après l'autre, mais Antigona fit signe à Affolter de rester un moment encore.

- Bon, ben voilà, lâcha Eusebio, tout en jetant un regard torve à l'agent. T'envoies demain ton rapport au parquet et le proc' ouvrira une instruction, ça, c'est clair. Mais tu crois qu'on va nous remettre cette enquête ?

- Si c'est un homicide, oui ; dans tout autre cas, je pense, aussi.

- Bon, moi, j'ôte mon masque, s'impatienta son adjoint.

- Non, pas encore, ordonna-t-elle. 

Elle prêtait l'oreille à ce qui se disait autour du cadavre. Les deux inspecteurs scientifiques, après s'être entretenus avec le médecin légiste, s'étaient mis en devoir de confirmer l’identité du corps : il s'agissait bien de Vincent Joseph Alignac, un ressortissant français né en 1950 à Avignon, sans profession, domicilié au chemin de Montelly 8bis, à Lausanne.

- T'as noté tout ça, Euseb' ? demanda l'inspectrice.

- Tu as déjà reçu la délégation du proc' en charge de l'affaire ? demanda Riffler à Antigona, une pointe d'étonnement dans la voix.

- Négatif, mais je suis une proactive, moi, môssieur, s'amusa-t-elle.

- Vrai que c'est dans l'air du temps, d'être proactif, ricana l'autre scientifique.

Ce rictus moqueur qui venait entailler une barbe de trois jours, ce regard naturellement méfiant plongèrent l'inspectrice dans l'ambiance du feuilleton Falling Skyes, qu'elle suivait à la télé depuis quelques saisons ; elle comprit pourquoi : ce collègue lui rappelait furieusement l'un des personnages de la série, un certain Capitaine Weaver. Il ne restait qu'à remplacer le bonnet par un képi et la ressemblance serait confondante.

- Quel est votre nom, encore ? s'enquit-elle.

- Ollivet.

Antigona sourit en pensant qu'elle pourrait carrément le surnommer Weaver : en le disant vite, ça ferait comme si elle l'appelait par son véritable nom. Il n'était certes ni militaire ni capitaine, comme celui du feuilleton, mais la réquisition de son nom valait bien un petit avancement.

Pendant que les scientifiques poursuivaient leur examen dans l'espoir de déterminer les circonstances de la mort, voire le moment approximatif du décès, Antigona fit signe à l'agent Affolter, qui attendait toujours, de la suivre dans la cuisine ; Eusebio les accompagna.

- Comment avez-vous pu m'affirmer qu'il s'agissait d'un homicide ? commença-t-elle par demander, sur un ton méfiant, se rappelant le mot qu'il avait utilisé au téléphone.

Le policier hésita quelques instants avant de répondre, en posant à son tour une question :

- Qu'est-ce que vous avez vu, en l'observant ?

- Ma foi, il a une belle beugne à la tête, d'où s'est échappé bien du sang.

- ... Et même un peu de cervelas, ajouta Affolter, en souriant.

La face de la victime était effectivement abondamment recouverte de sang, surtout le haut du visage, au point de rendre les traits méconnaissables pour qui n'aurait rencontré cet homme que de loin en loin ; la matière cérébrale avait dû jaillir lors du coup qui avait été porté car elle se répandait à quelque trente centimètres du cadavre. Antigona frissonna et, incapable de l'examiner plus longtemps, détourna le regard du cadavre.

- Mais cette marque, il peut se l'être faite tout seul, en tombant, supposa Eusebio.

- Sauf qu'il a aussi une belle entaille au cou et que... il n'était pas tout seul, informa Affolter.

- Décidément, vous avez une longueur d'avance sur tout le monde ! se moqua l'équipier d'Antigona.

- Je suis sérieux, insista l'agent, avant d'expliquer que le voisin, celui qui les avait appelés à 20 heures pour signaler l'odeur suspecte, avait ajouté avoir entendu, quatre jours auparavant, le samedi 6 juin, des éclats de voix et comme des bruits de bagarre venant de l'appartement.

- Mazette ! Pourquoi ne pas me l'avoir communiqué avant ? lâcha l'inspectrice, contrariée.

- Mais... je n'en ai pas eu le temps !

- Il me faut les coordonnées précises de ce témoin auditif, ordonna-t-elle. Maintenant, d'ailleurs, allez retrouver vos collègues et consignez par écrit tout ce que vous avez appris sur cette mort suspecte. Je vous rappelle que je ne veux qu'un seul rapport, qui soit le fruit de la synthèse de tous vos constats.

- Bien, patron ! sourit Affolter, se fendant d'une courte révérence à la place du salut usuel, puis il quitta le logement.

Antigona le surnommerait Aphrolter, en retour du désir qu'il éveillait en elle. Quarante piges, et toujours pas de mec ! Elle positivait en songeant qu'elle échappait ainsi à la gageure de dénicher un surnom pour son mari et ses enfants !

- Quel connard, celui-là ! siffla Eusebio, après avoir attendu que le gendarme ait passé le seuil, mais en espérant se faire entendre par les scientifiques. J'aimerais quand même bien vérifier cette porte d'entrée, ajouta-t-il, comme pour changer de sujet.

- Parce que ton ami à la belle révérence y a touché ? le taquina sa cheffe.

Elle aussi voulait inspecter la serrure. Ils revinrent donc vers la porte pour faire leurs observations et constatèrent qu'elle n'avait pas été forcée.

- S'il n'y a pas eu effraction, posa Eusebio, c'est que l'agresseur, enfin, l'éventuel agresseur devait connaître la victime et qu'elle lui aura ouvert la porte.

- Ou que notre homme ne fermait jamais à clef, compléta Antigona, ou encore que le meurtrier l'aura suivi ou encore qu'il aura refait la serrure.

- Là, tu pousses un peu.

- Peut-être, mais il ne faut écarter aucune hypothèse, d'autant plus que bien du temps s'est écoulé entre la mort et notre découverte. Alors, Weaver ? demanda-t-elle à l'attention de son collègue scientifique, comme il s'approchait d'elle.

- Alignac était déjà mort avant de tomber de tout son long sur le plancher. 

Ollivet fit une pause, comme pour se délecter de l'étonnement qu'il avait su provoquer chez ses deux collègues de la judiciaire.

- Venez voir, les invita-t-il, et remettez votre masque, je vous prie.

Ils rejoignirent tous trois le docteur Bruyère qui, avec le soin des experts en investigation, prélevait minutieusement les traces physiques sur le cadavre. Riffler le regardait opérer.

Le légiste fit tout d'abord remarquer que, d'après les premières observations, la victime, dans sa chute sur le ventre, s'était cassé le nez et démis l'épaule droite.

- Mais rien là non plus qui soit propre à entraîner la mort, constata Antigona, qui repensait à la "beugne".

- Certes. Maintenant, regardez cette coupure au cou !

L'inspectrice se fit une nouvelle fois violence pour examiner la blessure et remarqua que l'entaille était profonde : c'était d'elle sans doute qu'avait dû s'échapper la flaque de sang coagulé dont les contours dessinaient comme un oreiller sous la tête d'Alignac.

- La jugulaire interne a été sectionnée, commenta le légiste. Et cette entaille, il ne se l'est pas faite tout seul.

- Et pourquoi pas ?

- Voyez-vous une arme tranchante par terre ?

- Non, effectivement, répondit-elle après un rapide regard circulaire. Mais sous lui, peut-être ?

- Non plus, réagit Riffler, on l'a déjà soulevé. Or s'il s'était suicidé en se tranchant la jugulaire, le type n'aurait pas eu le temps de se débarrasser de l'arme ni même de faire quoi que ce soit d'autre que de tomber ainsi, face contre terre.

- Il s'agirait donc d'un homicide ? s'enquit Eusebio. Parce que ce qu'on doit savoir avant tout, c'est si on peut exclure l'implication d'un tiers ou pas.

- Ça, pour moi, c'est certain, répondit le médecin légiste, aussi certain que je prends ma retraite le mois prochain.

- Félicitations ! applaudit l'adjoint d'Antigona, sur un ton si sincère que cette dernière dodelina de la tête de droite et de gauche. Mais qu'est-ce qui a pu lui faire cette belle taillade-là ? se reprit-il.

- C'est encore un peu tôt pour l'affirmer avec certitude : il faudra attendre la découpe.

- Dites toujours, doc', s'impatienta Eusebio.

- Eh bien, selon mes premières observations, la jugulaire aurait été tranchée par quelque chose de dur, genre métal, et si fort que notre type en serait mort sur le coup. Regardez la profondeur de l'entaille. Observez aussi les chairs et l'irrégularité des bords de la plaie.

Il s'était approché du corps et, bien qu'il l'ait soulevé précautionneusement, un peu de liquide, fort épais, s'écoula de la plaie. Antigona grimaça et détourna une nouvelle fois le regard, mais imperceptiblement, de sorte que ses collègues ne le remarquent pas. Puis elle tressaillit : à son esprit s'imposait l'image décalée d'un coup de cimeterre. Elle porta un regard circulaire dans la pièce : aucun objet posé au sol ou sur un meuble ne ressemblait à un cimeterre !

- Vous pensez à un couteau ? demanda-t-elle.

- Un bien grand couteau, alors ! lui répondit Ollivet, à la place du légiste. J'ai peur qu'on ne le sache, au mieux, qu'après les analyses des micro-traces au labo. Mais demain, on fouillera quand même à fond l'appartement.

- Et ces analyses en labo vont encore prendre des jours ! déplora Eusebio.

- Facilement, voire une à deux semaines, suivant le type de traces qu'on aura collectées ! rectifia le médecin. De toute façon, en parallèle, on entamera l'analyse interne. Et ce dès demain.

- Bon, on s'est accordés sur le fait que ça pue l'homicide à plein nez, conclut l'inspectrice, tout en choisissant ses mots avec le soin que méritait le surnom attribué à Riffler. Peut-on être aussi formel sur le lieu du meurtre ?

- Au vu des traces présentes sur le corps et de la flaque de sang, notamment, avoua Ollivet, je doute qu'il ait été traîné ici après sa mort.

- Correct, valida le légiste.

- Et pour la date du décès ? demanda encore l'inspectrice.

- Si je m'en réfère aux signes tardifs que présente le corps, je dirais trois ou quatre jours, estima Riffler.

- Quatre jours, précisa le médecin.

Il motivait son estimation par la rigidité cadavérique, laquelle commence à disparaître dès la fin de la deuxième journée suivant la mort ; or les membres étaient bien flasques.

- N'oublie pas qu'il fait près de vingt degrés ici, lui signala Riffler en le tutoyant car, à la différence d'Antigona, il connaissait bien le médecin. La chaleur peut accélérer le processus.

- Quoi qu'il en soit, intervint Eusebio, ça correspond pile poil avec le témoignage d'un des voisins sur les bruits de bagarre qu'il aurait entendus le samedi 6 juin.

- Il faut appeler une équipe pour procéder à la levée de corps, se décida le médecin légiste.

Selon toute vraisemblance, il rêvait d'autopsier cette dépouille dans son institut.

- Il faut soigneusement fixer l'état des lieux, les informa Riffler, en relevant la tête vers ses collègues, et ce d'autant plus si les micro-traces sur ce corps ne suffisent pas à nous donner les indices que nous recherchons.

- Euseb', ordonna sa cheffe en se remettant debout, retourne à la PJ et charge-toi de la coordination de l'information au sein des services : surtout, je ne veux pas revoir ici de personnes sans vêtements de protection.

- Moi non plus, renchérit Riffler, même si c'est sans doute un peu tard. On va d'ailleurs boucler et sécuriser ces lieux et poser les scellés à notre départ.

- Merde, jura Ollivet en se redressant à son tour, j'avais promis à mon gamin de regarder avec lui la retransmission de la finale de coupe de Suisse.

- Si elle se termine à onze heures, tu pourras peut-être entendre le coup de sifflet final, plaisanta lourdement Riffler.

- De toute façon, intervint Eusebio, une mort suspecte, ça vaut toujours mieux que de se déplacer juste pour déposer de la poudre d'aluminium5 sur les poignées de porte, non ?

- Quant à moi, reprit l'inspectrice, tout en se dirigeant vers le meuble d'entrée dans l'intention de consulter les papiers de la victime, je vais procéder à l'enquête de voisinage et à l'audition des différents témoins. Je suis proactive, mais faut pas pousser ! ajouta-t-elle, en jetant un regard en direction des deux collègues de l'Identité Judiciaire, qui ne bronchèrent pas. Nous reviendrons donc sûrement demain dans ce but, mais aussi pour séquestrer des pièces à conviction. Eusebio, encore une chose, le retint Antigona, comme il s'apprêtait à quitter la pièce. Il faut au plus vite informer le MP* des premiers résultats de nos investigations ; dès demain matin, je brieferai le procureur chargé de l'affaire sur la base de nos constatations et du rapport des agents. On peut imaginer qu'il se rendra sur place à la première heure, s'il n'est pas déjà en chemin. Ce qui est certain, c'est que le Ministère procédera à l’ouverture d'une instruction ; reste à savoir si le proc' dirigera lui-même les opérations ou s'il préférera nous déléguer l'instruction de l'affaire.

- Il nous laissera tout le boulot, comme d'hab' ! persifla Eusebio.

- Il n'y a pas d'habitude qui tienne en cas d'homicide, répartit-elle.

Comme son adjoint la quittait, Antigona se tourna vers les affaires personnelles d'Alignac : elle ouvrit le portefeuille et, quand ses yeux tombèrent sur le permis de conduire de la victime, elle eut un soubresaut. À la stupéfaction de ses collègues scientifiques, elle quitta l'appartement en trombe pour interpeller Eusebio dans l'escalier.

- T'as oublié quelque chose ?

- Oui, murmura-t-elle, après l'avoir rejoint, quelques marches plus bas. Il faut qu'on se débrouille afin que le proc' nous délègue l'enquête, tout au moins la compétence générale pour les interrogatoires.

- Tu t'ennuies à ce point-là ? s'étonna Eusebio, mi-fâché mi-étonné.

- C'est que...

Elle attendit un moment, balançant de Créon à Antigone et l'esprit encore accaparé par la photographie du permis de conduire, qui représentait Alignac dans sa jeunesse.

- C'est que je viens de m'apercevoir que je connaissais la victime, finit-elle par lâcher, dans une expiration douloureuse.

 

FIN DU PREMIER CHAPITRE

 

 

Notes numérotées :

 

1 Abréviation pour "médiéval-fantastique", sous-genre de littérature fantastique (ou fantasy), qui transpose des éléments bien connus du Moyen Âge dans un univers merveilleux.

2 Paroles de Débranche !, chanson-phare de l'album au titre éponyme, paru chez Apache, en 1984.

3 Paroles de l'Amérique, album La Fleur aux dents, 1970.

4« America is the only country that went from barbarism to decadence without civilisation in between. ». Formule d'origine indéterminée et qu'on attribue tantôt à Einstein, ou Mark Twain, tantôt à Oscar Wilde ou George Bernard Shaw, ou encore à John O'Hara.

5L'argentoratum est une poudre à base d'aluminium que les inspecteurs de l'Identité Judiciaire utilisent, notamment pour révéler des empreintes digitales.

 

Notes suivies d'un astérisque :

 

DCD : Delta Charlie Delta, pour désigner une personne décédée.

ID : L'Identité judiciaire ((Section Forensique depuis 2017) est un service chargé de la collecte et de l'exploitation des traces.

JEP : Le Journal des Événements de Police est un programme informatique permettant aux policiers de travailler entre eux sur une base commune d'informations communales, cantonales voire régionales. La police lausannoise est la première police municipale à s'être muni d'un tel programme (en 2008), en collaboration avec l'État.

MP : Abréviation pour Ministère Public : dans le canton de Vaud, il lui "incombe de conduire la procédure préliminaire et de diriger les investigations sur les infractions portées à sa connaissance, avant de représenter cas échéant l'accusation devant les tribunaux" (source : http://www.vd.ch/autorites/ministere-public/). Toutefois, dans la pratique, le parquet laisse le plus d'autonomie possible à la police, ne se réservant généralement la direction des opérations qu'à partir du moment où il faut l'instruire, l'enquête préliminaire étant terminées.

Police-Secours : Entité de la Police municipale, 2017 08 14 3

portant l'uniforme.

Ripeur : Policier le moins gradé

au sein d'un groupe d'enquête.

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