Pour le maître (Pro domino)

Pour le maître

 


 

Préface de l’auteur


 


L’histoire qui remplit ces pages s’inspire d’une histoire vraie, comme vous pourrez le constater en lisant les sources littéraires antiques, dont j’ai compilé en fin d’ouvrage les extraits les plus connus. En ajoutant un peu de fiction, j’ai eu l’impression de recouvrir de chair puis de traits distinctifs une troupe de squelettes, mais pour ce faire avait-il fallu auparavant les dépoussiérer. Un double défi m’attendait, celui de respecter l’histoire événementielle et celui de restituer la mentalité des personnages, ce qui, bien sûr, représente presque une gageure, tant la manière de parler, de penser, de vivre son rapport au temps, aux autres et à soi-même était à la fois proche et lointaine de celle de nos contemporains ; mais surtout, elle est autre que ce dont la plupart des livres et des films de cinéma, entre autres media, nous montrent de l’homme antique, et ce depuis des générations.Un exemple : dans la Rome antique, étant donné la mortalité infantile, les parents avaient coutume d’attendre, pour s’attacher à leur bébé, qu’il ait passé le seuil critique des premiers jours... Je me suis donc efforcé d’ôter une double couche de poussière, celle accumulée par les siècles et celle des fausses croyances...


 

Contexte historique


 

Octobre 27 de notre ère.

Tibère a succédé à Auguste et entame sa quatorzième année de principat. Personne ne parle encore d’Empire car tous veulent croire en la survie du régime républicain, quand bien même beaucoup regrettent qu’il ait fallu pour cela ajouter à sa tête un homme fort et diminuer les pouvoirs du sénat.

Or Tibère n’est pas l’homme providentiel tant attendu car, au contraire d’Auguste, il n’est pas fait pour le pouvoir. C’est sa mère Livie qui l’y a amené de force, alors que lui-même se contentait bien des campagnes militaires qu’il menait, avec force succès, en Germanie.

À son accession au pouvoir, en l’an 14, Tibère choisit son neveu, Caius Julius Caesar, dit Germanicus, pour continuer la campagne contre les Germains, avant de l’envoyer en Orient, avec tous les pouvoirs militaires. Mais en 19, Germanicus décède en Syrie dans des circonstances obscures : mort naturelle ou empoisonnement criminel, comme le crie sa veuve Agrippine ?

Tibère, qui sait que la mort de Germanicus, bien-aimé de tous, n’aurait profité à aucun Romain, ne peut croire à la thèse de l’assassinat, mais la froideur toute romaine avec laquelle il répond aux lamentations d’Agrippine l’accuse, aux yeux de certains, quand on ne prétend pas que c’est encore là un sale coup de sa mère, l’infâme Livie, qui le mène à la baguette.

C’est ainsi qu’une descente aux enfers commence pour Tibère, qui se sent trahi par certains et de plus en plus en butte au mépris général. Il reporte ce qu’il lui reste de confiance sur le dernier être à qui se fier : le préfet du prétoire, le chevalier Lucius Aelius Sejanus, autrement dit Séjan. Ce dernier intrigue à merveille : se débarrassant peu à peu de ses adversaires, concentrant toujours plus de pouvoirs, il convainc Tibère de se reposer entièrement sur lui. Et, après la mort de son fils Drusus, lui aussi empoisonné, il n’en faut pas plus au Princeps déprimé pour quitter Rome et se réfugier sur l’île de Capri, d’où il garde néanmoins contact avec Séjan par l’échange de nombreux courriers.

Nous sommes alors en l’année 23 et Séjan a les mains libres pour se frayer une route au pouvoir suprême : c’est dans ce but qu’il se débarrasse de rivaux à la succession que peuvent être les fils d’Agrippine : or comme la veuve du bien-aimé Germanicus reste intouchable, Séjan agit indirectement, en réduisant le cercle de ses alliés. Ainsi, à l’automne 27, il n’y a plus guère que le chevalier Titius Sabinus qui compte encore parmi ses clients et qui, de ce fait, devient la prochaine cible à abattre...

 


 

Prologue



Accrochée à son maître, elle continue de dériver le long du Tibre.

Par chance, le courant n’est pas trop fort et elle entreprend une nouvelle fois de ramener à la surface le visage de son protégé, ce qui la force à s’immerger entièrement. Dès qu’elle reviendra à la surface pour respirer, elle ne l’ignore pas, sa tête à lui retombera sous l’eau. Et il faudra recommencer, jusqu’à ce qu’il reprenne conscience.

Cherchant désespérément de l’aide, elle jette regards terrifiés et jappements mouillés aux badauds qui, depuis l’une et l’autre rives, regardent les flots les emporter, comme on observe un oiseau s’envoler, des flammes s’élever ou s’abattre la pluie.

À cette différence près que l’oiseau s’élance vers la liberté, que les flammes réchauffent les hommes et que la pluie abreuve la terre : or elle et son maître évoluent vers les chaînes, le froid et la mort. Car bientôt elle ne pourra plus lutter contre le courant de ce fleuve, dont elle n’a jamais aimé boire l’eau verdâtre, au temps où tout allait bien.

Temps de bonheur qui paraît si loin aujourd’hui !

 

Roman en cours d'élaboration. Achèvement prévu pour le 2e Semestre 2019.

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