Manuela Ackermann-Repond, La Capeline écarlate

Manuela ackermann repondVous est-il déjà arrivé de reprendre, pour le parcourir, un roman dont vous veniez de terminer la lecture ? La capeline ecarlate

Pas souvent, en ce qui me concerne. C'est ce que m'a pourtant amené à faire La Capeline écarlate, de Manuela Ackermann-Repond.

Je l'avoue, les dernières pages jettent une lumière si vive sur la trame que, tout ébloui, on n'en croit plus trop ses yeux : n'y avais-je vraiment vu que du feu ? n'aurais-je pas dû savoir cet élément essentiel avant l'épilogue ? le deviner au moins ?

C'est alors qu'on s'immerge à nouveau dans le roman, par petits plongeons, à la recherche d'un indice reposant au fond. Ce faisant, on interprète meiux le voile d'imprécision qui enrobe ce cadeau de moins de deux cents pages, un flou nécessaire que le style par ailleurs précis de l'auteur vise à souligner plutôt qu'à dissiper ; on sait désormais pourquoi l'on ressentait de la gêne en escortant Mila, gêne confinant au malaise quand on assiste, impuissant, à sa "dégringolade", titre d'une des douze parties du livre ; on comprend enfin l'utilisation du passé simple, du récit en je, de… Mais que faites-vous encore sur la margelle ? Venez donc, plongez à votre tour dans ces eaux troubles, certes, mais à la température idéale !

 

Exemple du style précis de l'auteur : la séquence descriptive de l'atelier d'un chapelier. (pp 12-13)

 

"Situé au rez d'une maisonnette à colombages, il occupait tout l'espace à l'exception d'un petit rectangle juste en face de la porte qui lui servait de comptoir de vente et de remise. Tout au fond, une grande cheminée où se trouvaient deux larges bouilloires à l'ancienne : son étuve où s'assouplissaient presque toujours des cônes de cuir, de feutre noir, brun, gris, parfois rouge ou bleu, encore plus rarement blanc ou violet.

Juste devant, un long établi en hêtre patiné où trônaient diverses machines, dont une à coudre et une à assembler les rubans de paille et où s'empilaient diverses formes à chapeau en bois de tilleul. Un souvenir qu'il chérissait, ces moules ayant été sculptés par son propre père, chapelier formier.

Le long du mur perpendiculaire, des étagères où étaient suspendus les cercles et formes métalliques ainsi que les chapeaux en attente de leur finition. Sous l'établi, de chaque côté, foison de tiroirs parfaitement étiquetés où étaient disposés ses outils, son matériel de décoration, ses plumes d'oie, de dinde, d'autruche ou de paon teintes de toutes les couleurs imaginables, les grosses bobines de ganses, de rubans, de gros-grain qu'il enroulait toujours méthodiquement afin de ne pas les laisser pendre hors du tiroir. Il conservait aussi une multitude de fleurs en tissu, de perles et strass de toutes tailles et toutes couleurs, des paillettes, des mètres de voilette mouchetée, noire pour la plupart."

 

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